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L’ILLINIZA
SUR Machachi , petite ville indienne de
l’ « Avenue des volcans », 2993m d’altitude… Le temps de déposer
nos sacs et mes skis, et nous voila déjà en quête d’un véhicule pour monter aux
Illinizas. L’Illiniza Sur est l’objet de ma convoitise. Ce sommet regarde
fièrement l’Illiniza Norte et l’ensemble semble résulter le l’éclatement d’une
grande caldéra. L’Illiniza Sur contrairement à son jumeau est à prédominance
glaciaire. Son couloir Nord est l’objet de ma tentative. Ce dernier sillonne
toute la face et bute sou l’escarpement rocheux qui constitue sa cime. Il
connaît une pente qui atteint et dépasse les cinquante cinq degrés d’inclinaison
dan sa partie supérieure. C’est cet obstacle qui repoussa Whymper lors de sa
« campagne équatorienne » qui fit suite à la tragédie du
Cervin. En quelques minutes, l’affaire est conclue et nous
décidons de déjeuner à Machachi pour prendre la piste juste après le
repas. Celle-ci parcourt dans un premier
temps de magnifiques propriétés d’éleveurs qui témoignent par leurs
installations d’arrosage, en particulier, de leur richesse inhabituelle en
Equateur .Le chemin de terre raviné est entrecoupé de nombreuses barrières de
fil de fer barbelé (destinées à éviter l’éparpillement du bétail) que nous
dépassons une à une en gagnant peu à peu de l’altitude. Le
cheminement devient très chaotique et toute la dextérité du
chauffeur nous permet de parvenir, en franchissant d’énormes ornières et
fissures de ravinement, à un terre plein nommé « la Virgen ». Une
vierge y a été en effet dressée et abritée comme c’est l’habitude ici dans une
petite niche vitrée pour la préserver des intempéries. De la, il faudra continuer à pied pendant une demi-heure
à trois quarts d’heure selon nos renseignements. Pour ne pas rompre avec la
tradition, le sommet se cache derrière l’habituel voile
nuageux… En fait, cela nous prendra
deux heures sur un chemin grandiose au début qui se termine sur une moraine
sablonneuse aussi pénible que raide. Nous atteignons alors, dans une humidité
totale, le refuge des Illinizas. Situé à 4750m d’altitude, c’est le plus vieux
refuge d’Equateur. La visibilité ne dépasse pas quelques mètres et nous le
découvrons presque par hasard. Ce refuge est un bloc de béton jaune complètement
vide ! Certains occupants, transits de froid, ont dû brûler dans la
cheminée, seul « équipement des lieux », tout ce qui avait pu servir
de combustible ! Petite corvée d’eau dans un ruisseau boueux, dîner, et
nous nous glissons dans les duvets. Deux heures du matin ? Ma montre sonne. Je descends
de l’échelle qui mène sur le plancher ou nous avons installé notre couchage et
me dirige vers la porte du refuge. Surprise, il neige, il vente et on n’y voit
rien ! J’en averti Jean Pierre et réintègre la chaleur douillette de mon
duvet. Je règle la sonnerie à quatre heures en espérant de meilleures
conditions. Nous ne l’entendrons pas ! Nous nous réveillerons
beaucoup plus tard surpris par les premières lueurs du jour vers six heures du
matin. Le petit déjeuner est englouti à la hâte et nous quittons le refuge par
une visibilité quasi nulle. Nous tâtonnons quelque peu pour trouver l’accès du
glacier. Dans le vent, le froid et l’impossibilité de voir à plus
de quelques mètres, Jean Pierre et moi avançons parmi d’étranges
sculptures de neige et de glace. Bientôt, nous prenons pied
sur le glacier où la progression est ralentie par la présence de
pénitents1 aux formes extravagantes. Devons-nous continuer dans cet univers à la fois austère
et féerique ? Nous décidons de poursuivre en direction de l’hypothétique
couloir. Nous n’avons toujours rien aperçu des Illinizas ! Nous stoppons
quelques minutes pour effectuer des prises de vue vidéo dans le mauvais temps et
nous voila de nouveau en marche. C’est alors que je devine l’ébauche de ce qui
pourrait être le début du couloir. Allons-y et nous verrons bien ! La
qualité de la neige est épouvantable. Imaginez un gâteau feuilleté avec des
couches de consistances variées non soudées les unes aux autres. La base du
couloir est peu pentue et Jean Pierre est plus rapide que moi qui progresse avec
difficulté avec mes chaussures de ski dans cette neige sans consistance. Par
instant, j’enfonce jusqu’à mi-cuisses. La pente, la neige devient plus dure en
surface et je comble l’écart entre Jean Pierre et moi. Nous atteignons parmi de
majestueux séracs, la zone la plus pentue(plus de cinquante cinq degrés), la
neige y est complètement pourrie ! Nous grimpons à quelques mètres l’un de
l’autre, très concentrés pour maintenir notre équilibre précaire sur ce mélange
de glace, de neige et … d’air ! Le couloir perd peu à peu de son
inclinaison et la neige devient bonne. Jean Pierre en profite pour faire
quelques images de ma progression dans la portion de pente qui mène sur la barre
rocheuse sommitale, merci Jean Pierre pour ton
professionnalisme. Mes skis, fixées sur le sac comme deux étendards,
balayés par le vent, ont une fâcheuse tendance à me déséquilibrer dans la
pente… Nous voila tous les deux en haut du couloir. Nous
décidons de renoncer à la fin de l’ascension rocheuse en raison des
conditions : on y voit de moins en moins et si l’on attend trop, la neige
va encore perdre de sa consistance. Je chausse les skis et descends
quelques mètres avec comme seul repères, nos traces de montée ! La
visibilité est extrêmement restreinte. Je skie dizaines de centimètres par
dizaines de centimètres… Je suis ce fil d’Ariane jusqu’à la crête qui surplombe
la partie la plus raide du couloir. La neige y est vraiment
d’une qualité épouvantable. Pour assurer la sécurité de Jean Pierre, nous
décidons de placer une main-courante de cinquante mètres fixée sur mon piolet
sur lequel skis aux pieds, je m’accroupis pour augmenter sa
tenue dans cette neige aléatoire. Jean Pierre glisse le long de la corde et
disparaît dans le « vide blanc » de la pente. Arrivé au bout de
ce cordon de sécurité, il fixe une broche à glace très « morale » et
me crie que je peux larguer la corde en me demandant si je suis en
forme… Je récupère mon piolet, et laisse filer la corde en
direction de Jean Pierre. Me voila bien seul au-dessus de cette pente
« pourrie ». Je me concentre et boucle quelques virages en assurant
mes prises de carres en fin de courbes, le plus progressivement possible.
J’espère ainsi ne pas décrocher le mince rideau instable sur lequel repose mon
équilibre. Quelques mètres au-dessus de Jean Pierre, la neige part
en coulée sous mes skis et je me rattrape en poussant le mot de Cambronne. Jean
Pierre trop mal installé pour filmer parvient toutefois à effectuer quelques
clichés photos. Je perds de l’altitude, la neige devient moins mauvaise. Après
quelques virages où je me régale, j’arrive bientôt dans la zone sans consistance
qui mène à la base du glacier. J’y retrouve nos traces de montée et y attends
Jean Pierre. Le couloir Nord de l’Illiniza Sur est vaincu ! Mais
dans quelles conditions ! Curieux sentiment que celui d’avoir gravi et
descendu une face sans jamais ne l’avoir aperçue… Ce n’est que plus tard que j’apprendrai qu’il s’agit
d’une première à ski. |